Critiques

sans titre 2001

«  Parcourir des espaces, c’est de cela qu’il s’agit, et, en ce qui concerne l’action humaine, c’est à l’aide de la parole, du langage, et des outils qui en dérivent, que cet objectif est possible. Les toiles ou les bandes sont découpées et collées réalisent le paradoxe de circonscrire un espace « conquis » par un enchevêtrement  évoquant un cadastre, des clôtures qui veulent nommer, sans y parvenir. Un lieu qui n’a pas de nom apparaît ( rue, chemin…), échappant donc à toute prise, à toute mémoire.

Sur les bandes collées, l’écrit fait sens ( celui de l’insistance à marquer, à l’indexer ), sans être muni efficacement de moyens sémantiques formalisés par un codex.

Des chemins se creusent et courent sur la toile, telles d’éventuelles voies ferrées ou d’éventuelles autoroutes, affichant certes une réticulation de l’espace pictural mais causant aussi une réelle énigme topographique et directionnelle. On circule mais quelque chose nous échappe.

Autre question est ce support, ce fond qui tend vers la translucidité, comme si l’espace lui-même se dérobait radicalement et comme si, la lumière traversant la toile, la question devenait plus abstraite, plus générale, prompte à être voisine de celle que se pose tout peintre au seuil de l’immatériel : qu’est-ce qui demeure finalement en ce lieu ? » 

Paolo Barbazan, plasticien.